En tant que chirurgienne plasticienne spécialisée en chirurgie mammaire, je reçois régulièrement des patientes intéressées par les « nouvelles » techniques d’augmentation mammaire, notamment celles promues par Motiva comme la MIA (Mia Femtech) ou la technique Preservé. Ces approches sont présentées comme moins invasives, avec une préservation des tissus, des cicatrices discrètes et une récupération rapide. Elles ont indéniablement des atouts marketing et correspondent à une demande croissante pour des interventions plus « douces ».
Cependant, après avoir étudié la littérature disponible, les descriptions officielles et les retours cliniques, je souhaite partager ici un avis nuancé et honnête. Mon objectif n’est pas de dénigrer une marque ou une innovation, mais d’aider les patientes à prendre une décision éclairée en soulignant les aspects qui me paraissent importants. Toute chirurgie comporte des avantages et des limites ; il est essentiel de les connaître.
Les promesses de la technique
La technique MIA (et sa variante Preservé) utilise des outils spécifiques (séparateur de canal, ballonnet gonflable) pour créer une loge en préservant davantage les structures naturelles du sein. Elle est souvent réalisée par voie axillaire (dans l’aisselle) pour MIA, avec des implants de petite à moyenne taille. Les praticiens adeptes de cette technique mettent en avant :
- Une incision minimale (environ 2-2,5 cm).
- Une intervention possible sous anesthésie locale avec sédation consciente (et non sous anesthésie générale systématique).
- Une récupération plus rapide.
- Une préservation du muscle pectoral (placement pré pectoral).
Ces éléments peuvent convenir à certaines patientes souhaitant un résultat discret. Mais la technique présente à mon sens certaines limites.
Mes réserves principales
Anesthésie : « locale » ou sédation ?
Les communications insistent souvent sur l’« anesthésie locale ». En pratique, les études et descriptions cliniques mentionnent fréquemment une sédation (sédatifs
intraveineux + anesthésie locale tumescente, nécessitant d’être à jeun), parfois avec une option d’anesthésie générale légère. Ce n’est pas une simple anesthésie locale pure comme pour une petite intervention dermatologique. Cela reste moins lourd qu’une générale complète mais peut se rapprocher de certaines anesthésies générales légères au masque.
Voie axillaire (MIA)
L’incision dans l’aisselle évite effectivement une cicatrice sur le sein, ce qui est un vrai plus pour certaines. Cependant, cet abord peut compliquer le geste chez certaines morphologies et pose la question de la gestion en cas de réintervention.
Changement d’implant et cicatrices supplémentaires
En cas de besoin de remplacement d’implant (nécessaire tous les 10/15 ans en moyenne, car les prothèses ne sont pas éternelles), la voie axillaire initiale peut rendre le geste plus complexe. La plupart du temps il est alors nécessaire de réaliser une nouvelle incision (sous-mammaire ou hemi aréolaire), ce qui entraîne une cicatrice supplémentaire. Il est essentiel de discuter de cette éventualité en consultation.
Placement pré-pectoral et risques à long terme
Le placement pré-pectoral (devant le muscle) est au cœur de cette technique. Il offre un aspect plus naturel au repos et moins d’animation (mouvement avec contraction musculaire). Cependant, cette position expose davantage l’implant à la pression de la peau et de la glande, ce qui peut augmenter, selon de nombreuses observations cliniques :
- Le risque de coque capsulaire (durcissement autour de l’implant) à moyen et long terme.
- Un relâchement cutané (ptôse) plus rapide, car le muscle pectoral ne soutient plus l’implant de la même façon.
- Une visibilité ou palpabilité plus marquée chez les patientes avec un tissu mince, qui sont souvent celles intéressées par cette technique qui permet la pose de petites prothèses.
Ces points sont bien documentés dans la littérature générale sur les augmentations mammaires pré pectorales.
Mon avis global
La technique MIA/Preservé peut-être intéressante pour les patientes idéales : peau de bonne qualité, tissus suffisants, souhait d’un volume modéré et priorité à la discrétion, tout en acceptant les points négatifs inhérents à la loge pré pectorale décrite ci dessus.
Cependant, elle n’est pas adaptée à toutes. Pour des augmentations plus importantes, des seins ptosés, une peau fine ou un désir de longévité optimale, les techniques classiques (voie sous-mammaire ou aréolaire, placement dual-plane ou rétro-pectoral) restent souvent plus robustes à mes yeux.
Je recommande vivement à toute patiente de :
- Consulter plusieurs chirurgiens qualifiés.
- Demander a essayer les prothèses.
- Bien comprendre les implications à 5, 10 ou 15 ans (remplacements, maintenance).
- Vérifier les qualifications du praticien et son expérience avec cette technique précise.
La chirurgie esthétique doit avant tout être sûre et adaptée à chaque personne. Aucune technique n’est miraculeuse ou sans compromis.
Cet article reflète mon opinion personnelle fondée sur l’expérience clinique et les données disponibles. Les résultats varient d’une patiente à l’autre.